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« Les caravanes sociales pour les droits des filles » expliquées par la grande Najat Ikhich

W4 Editorial

05/01/2019

 

 

« Toutes les deux secondes, une fille mineure est mariée. Nous pouvons changer cela.

Ensemble, mettons fin au mariage des enfants ! » 

 

Notre partenaire de terrain, Fondation YTTO, propose des solutions innovantes afin de lutter contre le mariage des enfants à travers l’usage de caravanes de sensibilisation et l’implication des communautés. Najat Ikhich, fondatrice de la Fondation YTTO nous explique dans cette interview comment elle et son équipe fournissent un travail exemplaire au Maroc.

 

Fondation Ytto - W4

 

 

Pourquoi avez-vous créé la Fondation YTTO?

 

YTTO est le prénom d’une femme qui faisait partie de la résistance marocaine contre le colonialisme ; elle avait intégré la lutte armée et était devenue une cheffe de file du mouvement. Malgré son engagement, l’histoire du Maroc l’a oubliée et on ne trouve plus aucune trace d’elle. Cela m’a paru d’une grande violence à l’égard des femmes sur le plan historique et nous devons nous battre contre toutes les violences, y compris intellectuelles, historiques et culturelles. Quand j’ai nommé l’association après YTTO, les Marocains ne la connaissaient pas et j’ai dû leur présenter le parcours de cette femme remarquable.

 

J’ai d’abord créé la Fondation YTTO en 2004 pour travailler sur la problématique de l’hébergement des femmes battues. En effet, de nombreuses associations luttent contre les violences faites aux femmes sans que la question de l’hébergement ne soit assurée ; ainsi, beaucoup de femmes victimes de violences n’ont nulle part où aller. Ceci est lié à une réalité juridique, inscrite dans le code pénal, selon laquelle aucune personne ou structure n’a le droit d’accueillir une femme qui a quitté le domicile conjugal. Depuis des années, nous nous battons pour que cet article soit abrogé. Comme il est impossible pour l’instant d’accueillir durablement les femmes, nous avons décidé de travailler aussi par le moyen de caravanes avec lesquelles nous nous déplaçons dans les régions enclavées, reculées, afin de découvrir une autre réalité et d’atteindre un plus grand nombre de femmes.

 

La Fondation lutte également contre le mariage des enfants. Quelles sont les motivations qui vous animent dans ce combat ?

 

En 2008, alors que nous organisions une caravane dans la région d’Azilal, nous avons relevé l’existence de 60 000 enfants issus de mariages religieux (sans acte de mariage) qui n’étaient pas inscrits à l’état civil. Comme ces enfants sont conçus hors mariage aux yeux de la loi, ils n’existent pas aux yeux de l’administration, vont à l’école primaire puis sont déscolarisés ; d’où un taux d’analphabétisme de 95%. Suite à ce constat, nous avons décidé d’intégrer à notre travail la lutte contre les mariages religieux et les mariages d’enfants.

 

Plus récemment en 2010, nous avons circulé avec une caravane dans la région d’Imilchil connue pour le « festival des fiançailles », une tradition qui permet d’organiser des mariages collectifs. Aujourd’hui, c’est surtout devenu une occasion de marier officiellement des mineures. Sur place, nous avons constaté que des filles de 7, 8 ou 9 ans étaient mariées à des hommes d’âges variés. En 2010, on comptait dans cette région 450 filles de 7 à 10 ans déjà mariées.

 

Par ailleurs, l’éducation des filles et la lutte contre les mariages des mineurs raisonnent avec mon histoire personnelle. J’ai fui un mariage précoce quand j’avais 15 ans et décidé de poursuivre mes études alors que j’étais rejetée par des membres de ma famille. C’est la réalité mais je pense qu’il ne faut pas personnifier le combat pour autant.

 

 

Qu’est-ce qui explique selon vous la prévalence de cette pratique dans les régions reculées du Maroc ? Quels sont les moyens les plus efficaces pour éradiquer les mariages d’enfants ?

 

Dans ces régions, il y beaucoup de pauvreté donc un manque d’infrastructures, d’écoles, d’internats, de dispensaires, de routes… Il est donc très difficile et coûteux d’envoyer les filles à l’école. Ce problème est également lié à la question de la virginité et de l’honneur de la femme. Pour autant, les traditions ne sont pas le facteur dominant qui empêche les filles d’aller à l’école mais bien la pauvreté et l’enclavement.

 

Dans les villages, les écoles sont dans un état lamentable et n’assurent la plupart du temps que les classes primaires. Les collèges et lycées se trouvent généralement dans d’autres villages, ce qui nécessite l’envoi des enfants à l’internat pour un coût d’environ 250 euros par an ; une somme hors de portée pour ces familles qui ont deux fois moins pour vivre. En outre, l’internat implique des moyens et des coûts de transport importants mais l’État ne prend rien en charge actuellement.

 

Nous aidons autant que possible les familles qui manquent d’argent en prenant les filles en charge ; ce qui permet d’assurer l’éducation des filles aujourd’hui, ce sont les parrainages. Avec 350 euros, les coûts d’une année de scolarisation complète sont assurés. Ces parrainages servent aussi d’exemples de réussite qui deviennent alors des modèles pour les familles et font réfléchir l’ensemble de la communauté. J’ai en tête l’histoire récente de cette jeune fille que nous avons accompagnée et qui a passé le Bac avec 18 de moyenne. Elle étudie maintenant à l’Université d’Agadir et souhaite travailler à la NASA !

 

 

Le moyen le plus efficace que nous avons mis en place pour éradiquer les mariages d’enfants repose sur un programme de suivi avec des coordinateurs locaux. Dès qu’il est question d’un mariage impliquant une mineure, ils nous appellent et nous intervenons en mobilisant la gendarmerie, le tribunal et les autorités compétentes. Nous avons ainsi coupé court à bon nombre de mariages. Nous avons aussi créé l’Observatoire de l’Atlas pour l’égalité et la citoyenneté qui nous envoie chaque année la liste des filles ayant abandonné l’école. Avec ces informations, nous écrivons alors à l’académie, à la direction de l’enseignement et au ministère pour les réintégrer à l’école au plus vite ; en effet, derrière chaque abandon scolaire peut se cacher le mariage d’une mineure.

 

 

C’est un travail de longue haleine mais son impact est visible : de 2010 à 2014 à Imilchil, nous avons réussi à faire diminuer le nombre de mariages de 450 à 50 et l’âge moyen des mariages est passé à 15/16 ans.

 

Parallèlement aux parrainages, vous avez développé la création d’activités génératrices de revenus pour les femmes. Cette stratégie est-elle efficace ?

 

Oui, très efficace. Nous avons aidé les femmes d’une quinzaine de villages à créer des associations et à mettre en place des projets générateurs de revenus. Cela leur donne une voix dans les décisions familiales. Dans certaines régions, cela prend forme à travers le tissage de tapis ou, comme à Ouarzazate, un projet d’élevage de chèvres dont tous les habitants peuvent bénéficier si, et seulement si, leurs filles sont scolarisées. Ainsi, l’éducation des filles devient un atout aux yeux de toute la communauté.

 

 

Une belle preuve de l’impact de ces initiatives féminines a été donnée dans la ville d’Aït Kalla, où les femmes ont créé une association qui propose des cours de théâtre. En 2016, alors que 20 filles avaient été contraintes de quitter l’école pour se marier, les femmes de l’association ont proposé aux jeunes filles de jouer dans une pièce le rôle de victimes de mariages précoces. Le spectacle a réuni 3000 personnes, dont les pères des jeunes interprètes qui pleuraient de voir ainsi leur(s) fille(s), elle(s) aussi en larmes sur scène. Suite à la représentation, les 20 jeunes filles ont réintégré l’école !

 

Êtes-vous optimiste pour le statut des femmes au Maroc et dans le monde ? Comment gardez-vous espoir ?

 

En tant que féministe, je ne peux qu’être optimiste. Sinon, autant rester chez moi ! Ma confiance repose beaucoup sur les formidables jeunes femmes de la Fondation YTTO. Elles ont une vingtaine d’années, poursuivent leurs études tout en donnant bénévolement de leur temps ; elles sont extrêmement motivées, prennent tout en notes et font très bien leur travail. Nous comptons sur un réseau de soixante bénévoles engagés entre les villes de Casablanca et Rabat. En comptant les associations créées par les femmes qui servent de relais, on arrive à un total de 150 membres.

 

Les femmes des villages me donnent aussi énormément d’espoir. Quand je vois leur volonté de passer à autre chose, sans qu’elles n’aient la parole ni les moyens de le faire, cela me procure beaucoup de courage et d’optimisme. C’est avec ces femmes que je me construis. Je n’aurais jamais eu cela — le pouvoir de défier et de dire non — en restant simplement à Casablanca et Rabat. Elles font preuve d’une grande résilience et il suffit d’aller vers elle pour catalyser ce pouvoir qu’elles portent en elles. Cette force qu’elles m’apportent et que je leur apporte m’inspire et m’emplit d’espoir. La sororité est une valeur très puissante.

 

Découvrez comment vous pouvez soutenir Des Caravanes Sociales pour les Droits des Filles dans le Rif Marocain

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Notre rédactrice en chef

Andrea Ashworth

est écrivain, journaliste et universitaire. Elle a étudié et enseigné à Oxford, Yale et Princeton. Andrea a écrit pour de nombreuses publications, comme Vogue, Granta, The Times, The TLS et The Guardian. Elle est l'auteur d'un bestseller international, La petite fille de Manchester (titre original : "Once in a house on fire") pour lequel elle a reçu un prix. Andrea cherche à sensibiliser l'opinion sur la violence conjugale et à promouvoir l'alphabétisation et l'éducation.

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